Étude de cas : l'utilisation des cartes drone pour la vendange sélective du raisin
Vendange sélective guidée par cartes drone : l’étude de cas de la Fattoria di Cinciano dans le Chianti Classico
Introduction
Ces dernières années, la viticulture doit relever un défi de plus en plus complexe : produire des vins de haute qualité de manière efficace et durable, en phase avec les exigences du marché, tout en réduisant la part de subjectivité dans les décisions agronomiques. Dans ce contexte, les technologies d’agriculture de précision représentent un outil clé pour lire et gérer la variabilité naturelle du vignoble. Parmi les solutions numériques actuellement disponibles, l’utilisation de cartes de vigueur issues de drones permet de transformer des informations agronomiques en opérations de terrain. Cette approche ouvre de nouvelles possibilités, y compris pour une étape traditionnellement manuelle et subjective comme la vendange sélective, en permettant de passer d’une sélection fondée sur l’expérience visuelle à une récolte guidée par des données objectives et spatialisées. L’étude de cas présentée dans cet article montre comment l’intégration de la télédétection, du zonage du vignoble et de la gestion différenciée de la vendange peut conduire à la production de vins distincts, chacun exprimant les différentes conditions végéto-productives du vignoble.
Le cas de la Fattoria di Cinciano
Au sein de la zone du Chianti Classico DOCG se trouve l’exploitation Cinciano. Le vignoble de l’exploitation s’étend sur 28 hectares et est dominé par le cépage Sangiovese, qui couvre environ 90 % de la surface plantée. Bien que les parcelles soient situées dans une zone relativement concentrée, elles se caractérisent par une forte variabilité des sols et de l’altitude. En effet, on trouve des sols à forte composante limoneuse à 150 m d’altitude, puis des terrains riches en galestro et en argile dans la partie centrale, jusqu’à 360 m d’altitude où l’on observe également une bonne composante sableuse.
De la sélection manuelle à la sélection automatisée
Par le passé, la récolte des raisins destinés à la production du Chianti Classico « Gran Selezione » se faisait par sélection visuelle des meilleures grappes. Il est évident que cette méthode comporte elle aussi une variabilité liée aux critères d’évaluation subjectifs de la personne qui effectue la vendange. Pour objectiver l’évaluation, il est possible de mettre en relation l’indice de vigueur, la charge de production et les caractéristiques quantitatives et qualitatives des raisins. Dans l’étude de cas présentée aujourd’hui, un drone DJI Mavic Multispectral a été utilisé pour les relevés aériens afin d’obtenir des images RGB (couleurs réelles) et multispectrales du vignoble examiné. Grâce à un logiciel de photogrammétrie, il a été possible de construire l’orthomosaïque du champ, à partir de laquelle ont été extraites les cartes basées sur les indices de végétation. En particulier, une carte fondée sur l’indice NDVI et la carte de zonage correspondante ont été créées, en considérant 3 zones homogènes (vigueur haute, moyenne et basse). L’évolution de la donnée, de la donnée brute à la carte, est présentée en Figure 1.

Fig.1 : Protocole de traitement des images : de l’orthomosaïque RGB à la carte NDVI, afin de générer des zones homogènes (vert = vigueur élevée ; jaune = vigueur moyenne ; rouge = vigueur faible).
Le zonage est essentiel pour sélectionner les zones où effectuer l’échantillonnage des raisins. Concrètement, 9 points d’échantillonnage ont été identifiés (Figure 2), soit 3 points pour chaque zone homogène indiquée sur la figure. À chaque point, les relevés suivants ont été effectués :
- scan 3D de la vigne au moyen d’iAgro ;
- pesée et comptage des grappes par plante ;
- analyse des échantillons dans un laboratoire agréé.

Fig.2 : Échantillonnage des raisins en fonction du zonage.
L’application iAgro crée le jumeau numérique de la plante ou de la portion de rang et mesure les principaux paramètres biométriques de la canopée : hauteur, épaisseur et volume de la canopée, indice LAI (Leaf Area Index), TRV (Tree Row Volume) et LWA (Leaf Wall Area). Grâce à ces données, la dose optimale de mélange phytosanitaire est également calculée. Pour chaque plante sélectionnée, les grappes ont été comptées, pesées, puis analysées afin d’évaluer une série de paramètres : poids moyen des baies, rapport marc/jus, concentration en sucres, acidité totale, pH, acide malique, azote facilement assimilable (AFA), potentiel d’extractibilité des anthocyanes à pH 1, anthocyanes extractibles à pH 3,2 et pourcentage d’anthocyanes extractibles, indice de phénols et pourcentage de tanins dans les pépins.
Récolte sélective des raisins
Pour obtenir le Chianti Classico « Gran Selezione », les meilleures grappes ont été récoltées dans les zones caractérisées par une faible vigueur (en rouge). Par « meilleures grappes », on entend des grappes lâches, de taille petite à moyenne, exemptes de moisissures, de pourriture, de baies non véraisonnées et de brûlures dues à la chaleur. Dans un deuxième passage, les grappes restantes ont également été récoltées dans les zones rouges. Dans un troisième passage, les grappes des zones à forte vigueur (en vert) ont été récoltées. La Figure 3 présente le schéma de récolte utilisé pendant la vendange, à bord du tracteur.

Fig.3 : Schéma de récolte : en rouge, les zones à vigueur moyenne-basse ; en vert, les zones à vigueur élevée.
Il est important de préciser que les 3 lots récoltés ont été utilisés pour produire 3 vins différents. Afin de ne pas influencer les propriétés du raisin, chaque processus de vinification a été réalisé de la même manière : même souche de levures sélectionnées, mêmes ajouts d’activateurs, de nutriments et d’additifs œnologiques.
Résultats : raisins et vins comparés
L’observation des données d’échantillonnage des raisins montre clairement que les différentes zones de vigueur du vignoble produisent des raisins aux caractéristiques très différentes (Figure 4). Les zones à forte vigueur présentent une charge de production plus élevée, avec des grappes et des baies en moyenne plus grosses et un rapport marc/jus plus faible. Ces conditions se répercutent directement sur la composition du raisin, entraînant des valeurs plus faibles de sucres et d’acidité totale. À mesure que l’on se déplace vers les zones à vigueur moyenne-basse, la production diminue mais la concentration des principaux paramètres qualitatifs augmente. Un autre aspect notable concerne l’acide malique, présent en quantités plus importantes dans les plantes les plus vigoureuses. Ce phénomène est principalement lié au microclimat de la grappe : dans les zones à forte vigueur, la canopée plus développée protège les baies du rayonnement direct et des températures élevées, ralentissant la dégradation de l’acide malique par rapport aux zones plus exposées. Enfin, une concentration plus élevée de composés phénoliques est enregistrée dans les zones à faible vigueur.

Fig.4 : Cartes des principaux paramètres quantitatifs (rendement par hectare, nombre de grappes, rendement des grappes) et qualitatifs (sucres, acidité totale, anthocyanes).
En ce qui concerne les vins obtenus à partir des 3 lots récoltés (Tableau 1), la première différence évidente concerne la production de raisin par hectare, nettement plus élevée dans la zone à forte vigueur, alors qu’elle est similaire dans les deux autres lots. En revanche, le rendement en vin varie de manière significative, suivant une échelle claire : 71 % dans les zones à forte vigueur, 64 % dans les zones à vigueur moyenne-basse (grappes sélectionnées « Gran Selezione ») et 56 % dans la zone à vigueur moyenne-basse. La différence entre ces deux derniers lots est principalement liée à l’état sanitaire des raisins qui, dans la sélection des meilleures grappes, ne présentaient pas de flétrissement ni de brûlures. En ce qui concerne l’acidité, on observe une tendance opposée à celle de la vigueur : l’acidité totale la plus basse est enregistrée dans le vin obtenu à partir de raisins récoltés dans les zones à forte vigueur. L’acidité plus élevée dans les zones à faible vigueur est due à l’effet de concentration causé par la perte d’eau liée aux fortes températures estivales. Cela a influencé à la fois l’augmentation du degré alcoolique et la composante acide. Le pH, en revanche, reste globalement stable. L’acidité volatile est plus faible dans la Gran Selezione grâce au meilleur état sanitaire des raisins, tandis que l’acide malique est plus élevé, confirmant ce qui avait été observé lors de l’échantillonnage. Concernant les sucres, ils sont plus faibles dans les zones à forte vigueur et plus élevés dans les zones à faible vigueur (moins de raisin mais une concentration en sucres plus élevée).

Tab. 1 : Résultats des analyses réalisées sur les vins issus de la vendange sélective.
Les vins obtenus à partir des grappes restantes des zones à vigueur moyenne-basse présentent une structure et une rondeur importantes, bien équilibrées et avec une bonne acidité, mais avec un pourcentage d’alcool très élevé, nettement supérieur aux standards actuels du marché viticole. À l’inverse, les vins obtenus à partir des raisins des zones à forte vigueur présentent un profil plus vertical, avec une structure moins prépondérante qui laisse place à la composante acide, aux arômes fruités et à une teneur en alcool plus contenue. Enfin, la « Gran Selezione » se situe entre les deux vins précédents, démontrant que des raisins sains récoltés dans des zones à vigueur moyenne-basse confèrent un profil sensoriel équilibré, au détriment de la quantité.
Conclusions
Cette étude de cas montre comment les cartes de vigueur issues de drones peuvent être utilisées de manière concrète pour guider une vendange sélective, en la rendant plus objective et facilement applicable sur le terrain. Les résultats confirment que la variabilité du vignoble se répercute directement sur la qualité des raisins et des vins, permettant d’obtenir des lots sensoriellement différents à partir de la même parcelle. En particulier, les raisins sains provenant de zones à vigueur moyenne-basse confèrent au vin un profil plus équilibré, tandis que les autres zones ont donné des profils différents et complémentaires. Dans l’ensemble, l’intégration des données drone et de la gestion opérationnelle de la vendange représente un pas concret vers une viticulture plus efficace et pilotée par les données. La variabilité du terrain n’est plus un obstacle mais une ressource à valoriser.
Cette étude de cas a été réalisée en combinant iDrone pour les cartes aériennes et iAgro pour le scan 3D des plantes. Si vous gérez un vignoble et souhaitez appliquer la même approche à votre exploitation, contactez-nous pour une consultation gratuite !